Un aperçu d’un mode de vie : Afrique vs. Europe

Je suis une jeune étudiante Ghanéenne à l’université de Luxembourg et cette série raconte les réalités de mes deux « mondes ». Dans cette troisième et dernière édition, j’adopterai une étude plus rapprochée de la culture, famille et communauté- leurs impacts sur les individus en société et comment celle-ci les affecte. En raison de la large nature de ces sujets, mon objectif est de donner un commentaire social sur les différences les plus apparentes, l’Europe sera représentée par le Luxembourg, et l’Afrique, représentée par le Ghana.

 

J’ai tendance à penser que la communauté dans laquelle nous sommes élevés impacte notre vision et perception générale du monde, la culture n’étant pas limitée qu’aux attributs physiques. Cela inclut des modèles et attitudes comportementaux qui sont transférés aux générations plus jeunes de la société. Il ne serait guère surprenant de voir deux enfants africains élevés dans des sociétés différentes grandirent avec des personnalités et des valeurs complètement contrastées. Ceci confirme que la culture peut effectivement s’étendre, et qu’elle influence directement ou indirectement l’intuition et l’esprit. Il en va plus loin d’affirmer que les diversités en cultures viennent aussi de stimuli environnementaux et sociaux qui résultent de la croissance de la mondialisation et de la modernisation.

 

Contraste entre la culture africaine et occidentale

 

Je commencerai par la solidarité de groupe qui est un bon point de départ selon moi. Chaque fois que la culture africaine et occidentale sont comparées, le sujet le plus commun est notre infrastructure sociale. Il semble que la plupart des européens se définissent individualistes, et sont construits avec des familles peu nombreuses. Au contraire, la majorité des cultures africaines ont tendance à vivre en communauté. La famille s’étendra donc dans la société et pas seulement à un petit noyau de famille. Ces communautés africaines se développent davantage avec les mariages et naissances d’enfants. Nous nous montrons plus concernés par le bien-être et l’intérêt des personnes compris dans cette unité sociale. Les Ghanéens croient particulièrement que les Hommes ne sont pas autonomes sans la connexion avec les autres membres de la société, indépendamment des statuts sociaux et économiques de chacun. En effet, dans ma culture, le succès et l’épanouissement de chacun ne peut être accompli que par sois même. Tiré de mon expérience personnelle, je donnerai quelques exemples pratiques pour décrire notre sens de la vie communautaire.

Dans le contexte luxembourgeois, les mariages sont organisés autour du couple et de juste quelques amis et membres de la famille. Avoir plus de 50 invités pour cette occasion sera considéré comme « beaucoup de monde ». Au Ghana, mariages, funérailles et baptêmes sont considérés comme des cérémonies importantes. Elles représentent des opportunités pour se reconnecter avec la famille et les amis de longues distances. Elles attirent un nombre de personnes important- avec une moyenne de 200-250 invités, assumant qu’il n’y avait pas « assez » de personnes présentes à ces rassemblements. Pour nous, ces « rites de passage » permettent la connexion et l’entraide de chacun. Un second exemple serait que dans le contexte africain, plusieurs maisons sont construites sur la même enceinte, j’ai grandi dans ce genre de milieu. Quand mes parents étaient absents, les voisins faisaient toujours attention à mon bien-être. En Europe, cela pouvait être le cas avant. Toutefois, il semble que désormais les personnes ont moins d’interaction, même avec leurs voisins vivants dans le même appartement.

Traditionnellement, une personne autre que mes parents pouvait me punir pour une bêtise. Cela était une pratique qui ne pose pas de problème puisque notre société croit en l’éducation collective des enfants. Il y a un dicton « Akan » : l’enfant appartient à la mère seulement quand il est dans son ventre, mais une fois né, il/elle appartient à la communauté. De plus, l’enfant dans le voisinage a des liens forts et proches avec les autres. Ils n’ont pas besoin de permission particulière de leurs parents pour aller jouer avec les autres enfants. Cette philosophie de mode de vie indique que les enfants ont une utilisation des appareils électroniques et jouets inférieure car ils préfèrent des interactions et relations humaines plus fortes. Malheureusement, d’affreuses tragédies dans la culture occidentale a menés les parents à être extrêmement vigilant lorsqu’il s’agit des amis et interactions de leurs enfants. Cela peut conduire à un obstacle social pour beaucoup d’enfants occidentaux, ceci étant couplé à des connexions virtuelles dues à l’adoption des technologies, réseaux sociaux, jeux vidéo et smartphones.

Le concept africain du bonheur n’est pas nécessairement associé à la richesse, mais plutôt au sentiment d’appartenance à une communauté. Je tiens à souligner que cela n’est pas une généralisation mais un commentaire personnel basé sur mon expérience ; je suis sûre qu’il y a différents niveaux d’individualisme entre les différents pays.  Notamment, grâce à mon expérience/observation des cultures française, allemande et italienne, j’ai pu observer que les Italiens cultivent de forts liens de famille et sont plus regroupés collectivement que leurs pays voisins.

 

La perception des personnes âgées

 

Dans la plupart des pays d’Afrique, il est commun que la sagesse et l’expérience viennent avec l’âge. Les plus jeunes font appel aux plus âgés pour des conseils et pour les guider dans leurs choix. Traditionnellement, il est courant de retrouver plusieurs générations vivant sous le même toit, partageant une maison et les fonctions qu’implique sa maintenance. Cela démontre que les personnes âgées demeurent soigneusement intégrées jusqu’à leur mort. L’industrialisation et la modernisation rapide de l’Afrique ont contraint beaucoup de jeunes parents d’affluer vers les milieux urbains pour travailler. Cela signifie que parfois ils ont besoin des grands-parents pour l’éducation de leurs enfants. Les cultures occidentales sont enclines à être centrées sur la jeunesse, insistant sur des caractéristiques telles que l’individualisme et l’indépendance. La valeur humaine dépend grandement de notre capacité de travailler afin de répondre au besoin croissant de biens matériels pour être pleinement satisfait de nos vies. Comme les personnes âgées vieillissent, et que leur santé commence à se détériorer, ils deviennent moins profitables à la société. Ils sont déplacés dans des collectivités de retraités ou des maisons de retraite, souvent éloignés de leurs enfants et amis de longue date.

 

Le concept du temps

 

« Alors, quand tu dis que tu seras là à 18 :00, c’est l’heure Européenne ou Africaine », une blague tellement propagée à propos des Africains et de leur approche détendue de la ponctualité. Malgré l’usage des horloges qui indique l’heure, il semblerait que les horloges africaines fonctionnent différemment. C’est une situation fréquente au Ghana et je doute que ce soit bien différent dans le reste de la sous-région. Il y a une tendance culturelle perçue autour d’un style de vie planifié moins rigoureusement dans les pays africains. En revanche, j’ai remarqué une obnubilation du temps chez les occidentaux. Cela les rend structurés dans leur vie, particulièrement dans les opérations commerciales avec des délais et agendas rigoureux. L’échec à être ponctuel peut être interprété comme ayant une faible éthique de travail. Un Allemand typique se sentirait offensé par cette ponctualité « africaine », comme cela entrave leur efficacité générale, qu’il s’agisse d’un rendez-vous formel ou d’une sortie informelle. Sans doute que la gestion du temps promeut une productivité et étique de travail efficace, mais j’estime que c’est un client difficile pour la plupart des Africains. Le problème de la ponctualité est devenu tellement endémique que le retard à une fonction est accepté et expliqué par « la ponctualité africaine », que je trouve très péjoratif personnellement. Il est vrai que j’ai remarqué une évolution positive de cette orientation ces dernières années, et j’attends avec impatience de voir comment le continent profitera de ce changement de comportement.

 

Le concept de la superstition

 

En Europe, les approches scientifiques et profanes au fonctionnement du monde sont principalement dominantes. Les occidentaux ont tendance à attribuer la plupart des phénomènes à la science et à la logique faisant tout son possible pour les expliquer afin de pouvoir les manipuler et les exploiter. L’Africain typique est plus connecté aux éléments et adopte une approche plus spirituelle/mystérieuse. Nous sommes de ceux qui croient que les autres forces et facteurs au-delà de notre compréhension ou contrôle influence les évènements de la vie. Par exemple, toute maladie rare est considérée comme une malédiction au lieu d’avoir une cause scientifique en recherche. Croyez-moi quand je dis que parfois ils ont raison ! Les taboos étaient aussi établis pour inculquer les valeurs morales aux membres de ces unités sociales.

Nos valeurs et notre histoire se sont transmises par les générations oralement par des contes, fables [...]. D'où la raison dont nous nous tournons vers nos anciens, force de sagesse ; gardiens de notre culture ; une incarnation de connaissances.

Une alliance mutuelle vaut mieux que du papier

 

La plupart des Africains traditionnels préfèrent la voie informelle pour les transactions commerciales au lieu des fiches papier officielles des occidentaux, particulièrement les germanophones. Dans la plupart des régions d’Afrique, les liens personnels et les accords informels sont bien plus engageants que beaucoup d’autres contrats formels. De plus, les messages envoyés ont besoin d’être compris selon le contexte, les signaux non verbaux, l’empathie et l’interprétation pragmatique de ce qu’il est dit. Les documents commerciaux des occidentaux sont plus neutres et factuels, construits méticuleusement. Ces différences dans les modèles comportementaux sont observées dans le contraste entre la culture orale et écrite. Pendant une longue période, nos valeurs et notre histoire se sont transmises par les générations oralement par des contes, fables, chansons et proverbes. D’où la raison dont nous nous tournons vers nos anciens, force de sagesse ; gardiens de notre culture ; une incarnation de connaissances. Cependant, beaucoup de ses traditions orales dans la culture africaine se sont perdues avec leur décès. En tant qu’adolescente, ma mère m’a donné toute l’éducation orale dont j’avais besoin d’avoir à propos du système de reproduction, du sexe, des manières et coutumes pour la vie de tous les jours bien avant même d’avoir l’opportunité de les lire dans les livres.

 

Un coup d’œil dans ma vie personnelle d’ici

 

Beaucoup d’Africains sont réticents à propos des fantaisies et de la vie riche en Europe. Nous avons appris à croire : « Nous aurons plus de succès en occident que chez nous ». Mon expérience comme jeune femme ici est quelque chose que j’ai trouvé plutôt fascinant, mais encore facilement identifiable. Il y a eu beaucoup de moments où le temps passé avec ma famille et mes amis au Ghana m’a manqué. Apprécié l’abondance du soleil en continue fait revivre les souvenirs de la maison. Il y a eu des moments très fatigants et déprimants pour moi dans cette communauté individuelle, personne avec qui être connecté librement ou sur qui je puisse compter quand je rencontre un défi ou le stress de la vie quotidienne. Ce sentiment d’endurer cette solitude a largement puisé dans mes ondes positives, je dois ouvertement l’admettre. Je pense qu’une jeune personne qui passe par ces étapes de formation d’identité a besoin de force mental et de résilience afin de vaincre les risques associés à une estime de soi basse, à l’anxiété et à la dépression.

Le coût de la vie prohibitive peut balayer toutes mes petites économies et je me souviens très bien de cela dans mes premiers mois passés ici. J’étais réticente de dépenser mon argent, plus particulièrement quand je faisais la conversion d’Euros en Cedi. Aussi amusant que cela puisse paraître, cela est une attitude des Africains typiques lors de leur période d’arrivée. Être ici cependant m’éclaire et m’inspire sur le fait de me développer à un niveau où je peux avoir un impact sur ma communauté. Ce qui compte est ma capacité à extraire mes ondes positives des deux cultures et de les adapter à ma croissance et à mon développement : personnellement et professionnellement. Je crois que pour les personnes à fort succès, il y a toujours eu un prix à payer pour atteindre ce niveau. Cela sera probablement le mien… !!!

Pour conclure, je crois que nous sommes tous moulés majoritairement par la culture dans laquelle nous grandissons. Pourtant, le monde a encore besoin de ce multiculturalisme pour survivre car avoir juste une culture qui domine la planète peut être aussi fatal pour l’humanité qu’avoir juste une espèce d’animal habitant la terre. L’Homme du monde entier, est limité par ses capacités indépendantes à être autonome, sans l’engagement et la connexion collective des autres membres dans ce cercle social. Ainsi, malgré l’emplacement ou l’engagement des personnes, la vie communautaire ne peut pas être sous-accentué quel que soit la culture. Sans tenir compte du stress de l’acculturation et de la peur de l’aliénation de la famille et des amis, la vie en Europe a ses bons côtés. Elle a de bonnes infrastructures, une constante réserve d’électricité illimitée, de bons soins médicaux, un accès libre à l’éducation ! J’espère aussi qu’en temps voulu, j’arriverais à déteindre sur les personnes avec qui je vis en communauté en Europe avec ma culture. A mes chers Africains, la culture en Europe est mieux expérimentée qu’expliquée !

 

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Barbara Vondee

Barbara Vondee

Barbara est une étudiante Ghanéenne actuellement en Master d’Entreprenariat et Innovation à l’université de Luxembourg. Barbara est déjà une jeune entrepreneuse qui a créé sa propre marque de bijoux Vondeeworld à l’âge de 17 ans.

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